Perdre du poids grâce à une injection hebdomadaire est désormais possible avec le sémaglutide (Ozempic, Wegovy), un médicament de la famille des analogues du GLP-1. Mais cette perte de poids a un coût : une part importante du poids perdu peut être de la masse musculaire, et le poids revient le plus souvent à l’arrêt du traitement. Ce médicament n’a donc rien de « magique » : il doit être réservé aux situations pour lesquelles il a été conçu, et toujours accompagné d’un changement durable de l’alimentation et de l’activité physique.
Qu’est-ce que le sémaglutide (Ozempic) et comment agit-il ?
Le sémaglutide est un analogue du GLP-1 (glucagon-like peptide-1), une hormone naturellement sécrétée par l’intestin après un repas. Ce peptide agit par plusieurs mécanismes : il stimule la sécrétion d’insuline de façon dépendante du glucose, il freine la sécrétion de glucagon, il ralentit la vidange de l’estomac — ce qui prolonge la sensation de satiété — et il agit au niveau de l’hypothalamus pour réduire l’appétit et augmenter la dépense énergétique.
Le médicament est approuvé pour le traitement du diabète de type 2 et, à dose plus élevée, pour la prise en charge de l’obésité (indice de masse corporelle supérieur à 30). Il existe aussi une forme orale, qui fait l’objet d’un article dédié sur la sémaglutide en pilule. Dans l’essai STEP 1, la forme injectable à 2,4 mg par semaine a permis une perte de poids moyenne d’environ 15 % en 68 semaines, contre 2,4 % sous placebo. Son efficacité est donc réelle, mais elle n’est pas sans contrepartie.
Pourquoi la perte de muscle est-elle le principal risque ?
Le point le plus préoccupant est la nature de la perte de poids. Les analyses de composition corporelle montrent qu’une proportion substantielle du poids perdu sous sémaglutide — souvent estimée autour de 40 %, jusqu’à la moitié selon certaines analyses — est de la masse maigre, c’est-à-dire principalement du muscle. Concrètement, une personne qui perd 10 kg peut perdre à la fois de la graisse et plusieurs kilos de muscle.
Or le muscle n’est pas un simple tissu de réserve : c’est un organe actif qui capte le glucose et participe à la régulation de la glycémie. Perdre du muscle peut donc aggraver la résistance à l’insuline chez une personne déjà en difficulté métabolique, et favoriser l’inflammation. C’est la raison pour laquelle la préservation de la masse musculaire doit être une priorité absolue pendant toute perte de poids, et plus encore sous traitement. À ce titre, les principes de la recomposition corporelle — protéines, fibres et sommeil — s’appliquent pleinement ici.
Que se passe-t-il quand on arrête le médicament ?
L’arrêt du sémaglutide s’accompagne très souvent d’une reprise de poids. L’extension de l’essai STEP 1 a montré que les participants qui arrêtaient le traitement après 68 semaines regagnaient une grande partie du poids perdu — environ les deux tiers — au cours de l’année suivante, en même temps que les bénéfices cardiométaboliques s’estompaient.
Un point mérite une attention particulière : le poids repris est essentiellement de la graisse, et non du muscle. Une personne qui a perdu à la fois de la graisse et du muscle, puis qui reprend uniquement de la graisse, se retrouve avec une composition corporelle dégradée par rapport au départ. C’est ce que l’on appelle un effet rebond, un phénomène bien documenté dans la perte de poids.
Quels sont les effets secondaires réels du sémaglutide ?
Les effets indésirables les plus fréquents sont digestifs : nausées, vomissements, diarrhée ou constipation. Ils s’expliquent en grande partie par le ralentissement de la vidange gastrique, qui peut aller jusqu’à une gastroparésie chez certaines personnes. Une fatigue, des maux de tête et des épisodes d’hypoglycémie sont également possibles.
Deux points sont souvent mal compris. Le premier concerne la thyroïde : un risque de cancer médullaire de la thyroïde a été observé chez les rongeurs, ce qui justifie une mise en garde et une contre-indication chez les personnes ayant des antécédents familiaux ; ce risque n’est toutefois pas confirmé chez l’humain. Le second concerne les reins : contrairement à une idée reçue, les données récentes montrent au contraire un effet protecteur. L’essai FLOW a montré que le sémaglutide réduisait le risque d’événements rénaux majeurs chez les patients diabétiques de type 2 atteints de maladie rénale chronique. Par ailleurs, l’essai SELECT a montré une réduction d’environ 20 % du risque d’événements cardiovasculaires majeurs chez les personnes obèses sans diabète.
Peut-on stimuler son GLP-1 naturellement ?
Le GLP-1 n’est pas uniquement une molécule de synthèse : l’organisme le produit naturellement, et certains choix alimentaires le stimulent. Une alimentation riche en fibres (qui favorisent la fermentation intestinale et la sécrétion de GLP-1) et en protéines (qui stimulent également sa libération) contribue à renforcer la satiété de façon durable. Ce sujet est détaillé dans notre article sur la façon de stimuler naturellement le GLP-1. C’est une voie complémentaire, à discuter avec un professionnel de santé, qui ne remplace pas un traitement indiqué mais peut en réduire le besoin.
Comment utiliser ce médicament de façon responsable ?
Ce médicament n’est pas fait pour « perdre quelques kilos avant l’été » : son usage hors indication, largement amplifié par les réseaux sociaux, est irresponsable. Il est conçu pour les personnes atteintes d’obésité ou de diabète de type 2, dans le cadre d’une prise en charge globale.
Pour limiter la perte musculaire, deux mesures sont essentielles : un apport protéique élevé (de l’ordre de 1,2 à 2 g par kilo de poids corporel et par jour) et un entraînement en résistance, c’est-à-dire de la musculation, dès que l’état de la personne le permet. Le traitement doit s’accompagner d’un suivi nutritionnel, d’activité physique, d’un sommeil de qualité et d’une gestion du stress. Sans ce socle, le médicament ne fait que masquer temporairement le problème, et le poids revient à l’arrêt.
Ce qu’il faut retenir
- Le sémaglutide (Ozempic, Wegovy) est efficace, mais une part importante du poids perdu peut être du muscle.
- À l’arrêt, une grande partie du poids perdu est reprise, surtout sous forme de graisse.
- Les effets digestifs (nausées, gastroparésie) sont fréquents ; le risque thyroïdien reste théorique chez l’humain.
- Les reins et le cœur sont au contraire protégés par le traitement (essais FLOW et SELECT).
- Le médicament doit être réservé au diabète et à l’obésité, et toujours accompagné d’alimentation et d’exercice.
Que faire concrètement
- Ne pas utiliser ce médicament sans indication médicale ni suivi.
- Si le traitement est indiqué, associer protéines (1,2 à 2 g/kg/j) et musculation pour préserver le muscle.
- Travailler l’alimentation, le sommeil et la gestion du stress en parallèle, pour ne pas dépendre uniquement de l’injection.
- Discuter de l’arrêt et de la transition avec son médecin, afin d’éviter l’effet rebond.
Sources
- Wilding JPH, Batterham RL, Calanna S, Davies M, Van Gaal LF, et al. (2021). Once-Weekly Semaglutide in Adults with Overweight or Obesity. New England Journal of Medicine. Lien
- Wilding JPH, Batterham RL, Davies M, Van Gaal LF, Kandler K, Konakli K, et al. (2022). Weight regain and cardiometabolic effects after withdrawal of semaglutide: The STEP 1 trial extension. Diabetes, Obesity and Metabolism. Lien
- Lincoff AM, Brown-Frandsen K, Colhoun HM, Deanfield J, Emerson SS, et al. (2023). Semaglutide and Cardiovascular Outcomes in Obesity without Diabetes. New England Journal of Medicine. Lien
- Perkovic V, Tuttle KR, Rossing P, Mahaffey KW, Mann JFE, Bakris G, et al. (2024). Effects of Semaglutide on Chronic Kidney Disease in Patients with Type 2 Diabetes. New England Journal of Medicine. Lien
Avertissement
Cet article a une visée informative et ne remplace pas un avis médical. Le sémaglutide est un médicament sur ordonnance : ne l’utilisez jamais sans l’avis et le suivi d’un médecin, et ne modifiez pas ou n’arrêtez pas un traitement sans en parler à un professionnel de santé. En cas d’urgence, appelez le 15 ou le 112.









