Infarctus : comment vos artères se bouchent et comment l’éviter

Deux personnes courent pour préserver leur santé cardiovasculaire

Un infarctus n’est pas le cœur qui « explose » : c’est une zone du muscle cardiaque qui meurt parce qu’une artère bouchée ne lui apporte plus de sang oxygéné. Ce blocage ne survient pas par hasard : il résulte d’une inflammation lente de la paroi des artères, entretenue par l’alimentation ultra-transformée, le tabac, la sédentarité et le stress. La bonne nouvelle, c’est que cette maladie — première cause de décès dans le monde — est en grande partie évitable.

Qu’est-ce qu’un infarctus exactement ?

Un infarctus du myocarde, ou crise cardiaque, est la mort d’une partie du muscle cardiaque privée d’oxygène à la suite de l’obstruction d’une artère coronaire. Le cœur est une pompe qui envoie le sang oxygéné des poumons vers tout le corps par les artères. Lorsqu’une artère se bouche, le tissu situé en aval ne reçoit plus d’oxygène : il entre d’abord en hypoxie (manque d’oxygène), puis en anoxie (absence totale d’oxygène), et ses cellules finissent par mourir. C’est cette mort cellulaire qui provoque la douleur et les lésions définitives. L’image d’un « cœur qui explose » est donc une idée reçue : l’infarctus est d’abord un problème de circulation sanguine interrompue.

Comment une artère finit-elle par se boucher ?

Une artère se bouche progressivement avec la formation d’une plaque d’athérome, un dépôt de cholestérol et de cellules inflammatoires qui épaissit sa paroi. Le mécanisme part de l’inflammation : l’excès de sucres et d’aliments ultra-transformés élève le glucose puis l’insuline dans le sang, ce qui active des facteurs inflammatoires dans le foie et dans la paroi des artères. Cette inflammation génère des radicaux libres qui oxydent les particules de cholestérol LDL (l’apolipoprotéine B). Simultanément, la paroi interne de l’artère perd son revêtement protecteur, le glycocalyx, et produit moins d’oxyde nitrique, la molécule qui lui permet de se dilater : l’artère devient plus rigide et la tension monte. C’est ce que nous expliquons en détail dans notre article sur les mythes du cholestérol. La plaque finit par se former ; si elle se fissure, un caillot se forme comme lorsque l’on se coupe, bouche la lumière de l’artère et provoque l’infarctus.

Pourquoi les infarctus touchent-ils des personnes de plus en plus jeunes ?

Parce que l’athérosclérose ne commence pas à 50 ans : elle débute dès l’enfance, favorisée par l’obésité infantile en forte hausse dans de nombreux pays. Des dépôts graisseux, appelés stries lipidiques, apparaissent déjà dans les artères d’enfants et d’adolescents. L’étude INTERHEART, menée dans 52 pays, a montré que neuf facteurs de risque modifiables — le tabac, les lipides sanguins, l’hypertension, le diabète, l’obésité abdominale, les facteurs psychosociaux, une faible consommation de fruits et légumes, l’alcool et l’inactivité physique — expliquent à eux seuls plus de 90 % du risque d’infarctus. Autrement dit, les habitudes installées dès l’enfance se cumulent silencieusement pendant des décennies. Les infarctus survenant chez des enfants restent en revanche extrêmement rares et relèvent le plus souvent d’une cause génétique, comme l’hypercholestérolémie familiale.

Quel rôle joue l’alimentation dans le blocage des artères ?

L’excès de sucres, de farines raffinées et d’aliments ultra-transformés alimente l’inflammation qui altère la paroi des artères. Un apport élevé en sucres fait monter le glucose et l’insuline, active l’inflammation et diminue l’oxyde nitrique, ce qui rigidifie les artères et favorise l’hypertension. Les aliments ultra-transformés, eux, poussent à la surconsommation et entretiennent une inflammation de bas grade, comme nous le détaillons dans notre article sur les aliments inflammatoires. À l’inverse, une alimentation riche en fibres (fruits, légumes, légumineuses, céréales complètes) est associée à une mortalité cardiovasculaire réduite de 15 à 30 %. Le régime méditerranéen, riche en huile d’olive vierge extra et en fruits à coque, a quant à lui réduit d’environ 30 % les événements cardiovasculaires majeurs dans l’essai PREDIMED. Si le sucre vous préoccupe, retrouvez ce qui change réellement quand on arrête le sucre pendant 14 jours.

Le tabac, la sédentarité et le stress aggravent-ils le risque ?

Oui : le tabac, l’inactivité physique et le stress chronique figurent parmi les principaux facteurs modifiables de l’infarctus. La première complication du tabagisme est justement l’infarctus du myocarde : les composés de la fumée de cigarette enflamment la couche interne des artères et favorisent la formation du caillot qui les bouche. La sédentarité, elle, prive le muscle de la production de protéines anti-inflammatoires, les myokines, et de tous les bénéfices métaboliques et hormonaux de l’exercice. Une méta-analyse de grande ampleur montre que l’activité physique réduit le risque d’événements cardiovasculaires de façon progressive : plus on bouge, plus la protection augmente. Enfin, le stress — qu’il soit mental, physique ou chimique — active la même réponse nerveuse et endocrinienne, qui à long terme entretient l’inflammation et l’hypertension.

Comment prévenir concrètement l’infarctus ?

La prévention repose sur un ensemble d’habitudes de vie cohérentes plutôt que sur un remède unique. Concrètement, il s’agit d’organiser son alimentation autour de fruits, de légumes, de légumineuses, de bonnes protéines, de laitages peu transformés, d’œufs et de fruits à coque, tout en réduisant les sucres ajoutés et les aliments ultra-transformés. À cela s’ajoutent une activité physique régulière, un sommeil suffisant, la gestion du stress (méditation, respiration) et des relations sociales de qualité. Il est aussi utile de surveiller sa pression artérielle, sa masse musculaire, son rapport graisse-muscle, son bilan lipidique, sa glycémie et sa protéine C réactive. Certains aliments abîment le cœur à petit feu ; nous les passons en revue dans notre article sur les aliments qui abîment votre cœur, et sur les moyens de faire baisser naturellement la tension artérielle.

Quels signes doivent vous alerter avant la douleur thoracique ?

Avant la douleur thoracique classique qui irradie vers le bras gauche ou le cou, certains signes précoces peuvent refléter une résistance à l’insuline et un risque cardiovasculaire en construction. Il s’agit notamment d’une prise de poids progressive, d’un arrêt des règles chez la femme, de l’apparition de plaques grisâtres dans les plis de la peau (aux aisselles, au cou), ou encore d’une perte de masse musculaire qui s’accentue avec le temps. Ces signes ne signifient pas qu’un infarctus est imminent, mais ils invitent à consulter pour faire le point sur votre santé métabolique et cardiovasculaire. En cas de douleur thoracique, d’oppression ou d’essoufflement brutal, composez immédiatement le 15 (SAMU) ou le 112.

Ce qu’il faut retenir

  • L’infarctus est la mort d’une zone du muscle cardiaque privée de sang, pas un « cœur qui explose ».
  • Il résulte d’une plaque d’athérome qui se fissure et forme un caillot obstruant une artère.
  • L’alimentation ultra-transformée, le tabac, la sédentarité et le stress sont les principaux facteurs modifiables.
  • Neuf facteurs de risque modifiables expliquent plus de 90 % du risque d’infarctus.
  • La prévention passe par des habitudes de vie cohérentes et un suivi régulier de sa santé.

Que faire concrètement

  • Réduire les sucres ajoutés, les farines raffinées et les aliments ultra-transformés.
  • Privilégier fruits, légumes, légumineuses, bonnes protéines, laitages peu transformés, œufs et fruits à coque.
  • Pratiquer une activité physique régulière et limiter le temps passé assis.
  • Arrêter le tabac et apprendre à gérer son stress (respiration, méditation, relations sociales).
  • Surveiller pression artérielle, bilan lipidique, glycémie, masse musculaire et poids.
  • En cas de douleur thoracique ou d’essoufflement brutal, appeler le 15 (SAMU) ou le 112.

Sources

  • Yusuf S, Hawken S, Ôunpuu S, Dans T, Avezum A, et al. (2004). Effect of potentially modifiable risk factors associated with myocardial infarction in 52 countries (the INTERHEART study): case-control study. The Lancet. 364(9438):937-52. PMID 15364185. DOI 10.1016/S0140-6736(04)17018-9
  • Kyu HH, Bachman VF, Alexander LT, Mumford JE, Afshin A, et al. (2016). Physical activity and risk of breast cancer, colon cancer, diabetes, ischemic heart disease, and ischemic stroke events: systematic review and dose-response meta-analysis for the Global Burden of Disease Study 2013. BMJ. 354:i3857. PMID 27510511. DOI 10.1136/bmj.i3857
  • Estruch R, Ros E, Salas-Salvadó J, Covas MI, Corella D, et al. (2018). Primary Prevention of Cardiovascular Disease with a Mediterranean Diet Supplemented with Extra-Virgin Olive Oil or Nuts. New England Journal of Medicine. 378(25):e34. PMID 29897866. DOI 10.1056/NEJMoa1800389
  • Reynolds A, Mann J, Cummings J, Winter N, Mete E, Te Morenga L. (2019). Carbohydrate quality and human health: a series of systematic reviews and meta-analyses. The Lancet. 393(10170):434-445. PMID 30638909. DOI 10.1016/S0140-6736(18)31809-9

Avertissement

Cet article a une visée informative et ne remplace en aucun cas un avis médical. Les informations présentées s’appuient sur des données scientifiques publiées, mais elles ne constituent pas un conseil personnalisé. Ne modifiez pas un traitement en cours sans en parler à votre médecin. En cas d’urgence (douleur thoracique, difficulté à respirer, malaise), appelez le 15 (SAMU) ou le 112.

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