Le cannabis agit sur l’organisme principalement par deux molécules aux effets très différents : le THC, responsable des effets psychoactifs et de la majorité des risques, et le CBD, non psychotrope, dont l’intérêt thérapeutique est le mieux documenté, notamment dans certaines épilepsies sévères. Les effets réels de cette plante dépendent de la dose, de la fréquence de consommation, de l’âge et de la vulnérabilité individuelle : utile pour certains patients encadrés médicalement, elle comporte des risques démontrés, surtout lorsqu’elle est fumée ou consommée jeune.
Que contient le cannabis et comment agit-il sur le corps ?
Le cannabis renferme plus d’une centaine de cannabinoïdes, dont deux dominent : le delta-9-tétrahydrocannabinol (THC) et le cannabidiol (CBD). Le THC est le principal composant psychoactif : il se fixe sur les récepteurs CB1 du système endocannabinoïde, présents en grand nombre dans le cerveau, ce qui explique l’euphorie, l’altération de la perception du temps et l’augmentation de l’appétit. Le CBD, lui, n’interagit que faiblement avec ces récepteurs et ne provoque pas d’effet psychotrope. Botaniquement, la plante est aujourd’hui considérée comme une espèce unique et diversifiée, même si l’on distingue traditionnellement Cannabis sativa (décrite par Linné en 1753), Cannabis indica (Lamarck, 1785) et Cannabis ruderalis (1924).
Quels bénéfices médicinaux sont réellement démontrés ?
Les bénéfices les plus solides concernent la douleur chronique, certains symptômes de la sclérose en plaques, les nausées de la chimiothérapie et surtout certaines épilepsies sévères. Une méta-analyse publiée dans le JAMA en 2015 a conclu à une efficacité modérée des cannabinoïdes sur la douleur chronique et la spasticité de la sclérose en plaques, ainsi qu’à une amélioration des nausées et vomissements induits par la chimiothérapie. Le champ le mieux établi reste l’épilepsie : le CBD pharmaceutique a réduit la fréquence des crises dans le syndrome de Dravet et le syndrome de Lennox-Gastaut chez l’enfant, comme l’ont montré des essais contrôlés publiés dans le New England Journal of Medicine et le Lancet. Pour l’arthrose ou la fibromyalgie, les données restent plus limitées et moins concluantes.
Quels effets le cannabis a-t-il sur la santé mentale ?
Les effets sur la santé mentale sont contrastés : le cannabis peut soulager certaines personnes, mais il augmente le risque de troubles psychotiques chez d’autres, en particulier avec un usage important de THC. Une méta-analyse publiée en 2016 a mis en évidence une relation dose-réponse : plus la consommation est élevée, plus le risque de psychose augmente, ce risque étant particulièrement marqué chez les personnes présentant une prédisposition génétique. Pour l’anxiété et la dépression, les résultats sont mixtes, et le THC peut lui-même déclencher des crises de panique. Pour apaiser le stress et l’anxiété au quotidien, des approches non médicamenteuses comme la méditation et la pleine conscience offrent une alternative documentée, sans les risques du THC.
Quels risques le cannabis fait-il courir au corps ?
Les risques physiques sont surtout documentés pour le cannabis fumé, qui expose les voies respiratoires à des composés de combustion nocifs. Une revue publiée dans le New England Journal of Medicine en 2014 recense les principaux effets indésirables : bronchite chronique, inflammation des voies aériennes, et une association avec des événements cardiovasculaires comme l’infarctus du myocarde, notamment peu après la consommation. Sur ce point, il est utile de rappeler les signes d’alerte d’un AVC à connaître. Sur le plan reproductif, un usage régulier peut réduire la concentration et la mobilité des spermatozoïdes chez l’homme et perturber l’ovulation chez la femme. Enfin, une consommation fréquente de THC est associée à des altérations de la mémoire, de l’attention et des fonctions exécutives, le plus souvent réversibles à l’arrêt, un sujet que nous approfondissons dans notre article sur le déclin cognitif.
Pourquoi est-il plus risqué chez les jeunes et pendant la grossesse ?
Le cerveau adolescent étant encore en plein développement, l’exposition au THC pendant cette période est associée à des altérations du développement cérébral et à un risque accru de troubles cognitifs et psychiatriques. La revue de 2014 souligne que les effets sont d’autant plus profonds que la consommation débute tôt. Pendant la grossesse et l’allaitement, la consommation est déconseillée : elle soulève des préoccupations concernant le développement du fœtus et du nouveau-né. Chez la personne âgée, le THC peut augmenter le risque de chutes et altérer la mémoire. Enfin, contrairement à une idée reçue, le cannabis n’est pas un somnifère anodin : s’il peut faciliter l’endormissement, il altère l’architecture du sommeil, un point détaillé dans notre article sur le sommeil après 40 ans.
Le CBD est-il une alternative sans risque ?
Le CBD présente un bon profil de sécurité et n’est pas psychotrope, mais il n’est pas dénué d’effets secondaires. À forte dose, il peut provoquer de la somnolence, des troubles digestifs et une élévation des enzymes hépatiques, et il interagit avec de nombreux médicaments en inhibant certaines enzymes du foie (cytochromes P450). Son usage doit donc être encadré, en particulier chez les personnes sous traitement. La prudence s’impose également vis-à-vis des produits en vente libre, dont la composition, la pureté et le dosage en CBD ne sont pas toujours garantis.
Ce qu’il faut retenir
- Le cannabis associe le THC (psychoactif, porteur de la plupart des risques) et le CBD (non psychotrope, intérêt thérapeutique documenté).
- Les bénéfices les mieux établis concernent certaines épilepsies sévères, la douleur chronique et les nausées de la chimiothérapie.
- Le THC augmente le risque de psychose de façon dose-dépendante, surtout chez les personnes prédisposées.
- Le cannabis fumé expose à des risques respiratoires et cardiovasculaires, et un usage régulier peut altérer la mémoire et la fertilité.
- La consommation est déconseillée chez les adolescents, pendant la grossesse et l’allaitement.
Que faire concrètement
- Si vous envisagez un usage thérapeutique, parlez-en à un médecin plutôt que de vous auto-médiquer avec des produits en vente libre.
- Évitez de fumer le cannabis : la combustion est la voie la plus nocive pour les poumons et le cœur.
- En cas d’antécédents personnels ou familiaux de troubles psychotiques, évitez le THC.
- Ne consommez jamais pendant la grossesse, l’allaitement ou avant 25 ans.
- Si un usage est maintenu, privilégiez de faibles doses et restez attentif au phénomène de tolérance.
Sources
- Whiting PF et al. (2015). Cannabinoids for medical use: a systematic review and meta-analysis. JAMA. Lien
- Devinsky O et al. (2017). Trial of Cannabidiol for drug-resistant seizures in the Dravet syndrome. New England Journal of Medicine. Lien
- Marconi A et al. (2016). Meta-analysis of the association between the level of cannabis use and risk of psychosis. Schizophrenia Bulletin. Lien
- Volkow ND et al. (2014). Adverse health effects of marijuana use. New England Journal of Medicine. Lien
Avertissement
Ces informations sont fournies à titre informatif et ne remplacent pas un avis médical. Elles ne constituent en aucun cas une incitation à consommer du cannabis. En France, la détention et la consommation de cannabis restent interdites en dehors des usages médicaux autorisés. Pour toute question relative à votre santé, consultez un professionnel de santé. En cas d’urgence, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.









