Pendant un jeûne, on peut boire — mais pas n’importe quoi. L’eau (plate ou gazeuse), le café noir, le thé, les infusions de plantes, le maté, ainsi que l’eau additionnée de citron, de vinaigre de cidre ou d’électrolytes (sodium, potassium, magnésium) n’interrompent pas le jeûne, à condition de n’apporter aucune calorie et de ne pas stimuler l’insuline. À l’inverse, les jus, le bouillon d’os, les boissons sucrées ou protéinées et la plupart des édulcorants doivent être évités.
Qu’est-ce que le jeûne intermittent et que se passe-t-il dans le corps ?
Le jeûne intermittent consiste à alterner volontairement des périodes d’alimentation et des périodes sans aucun apport calorique. L’alimentation comporte en réalité deux phases qu’il faut toutes deux respecter : la phase d’ingestion, pendant laquelle le corps reçoit ce dont il a besoin, et la phase de non-ingestion, pendant laquelle il digère, mobilise ses réserves et active des mécanismes de réparation. Ces deux phases sont complémentaires et nécessaires.
Concrètement, une pause de quelques heures entre deux repas (moins de 12 heures) relève simplement du fonctionnement quotidien normal. Les effets documentés du jeûne commencent à apparaître au-delà de 12 heures et deviennent plus nets à partir de 14 à 16 heures : le corps épuise progressivement ses réserves de glycogène puis bascule vers l’utilisation des graisses, ce qui correspond à une entrée en cétose « naturelle » par le jeûne. C’est aussi à ce moment qu’augmente la sécrétion d’hormone de croissance et que s’active l’autophagie, ce processus de nettoyage et de recyclage cellulaire bien documenté chez l’animal, mais dont le déclenchement précis chez l’humain reste encore difficile à dater.
Pour approfondir les mécanismes métaboliques, vous pouvez consulter notre article détaillé sur le jeûne intermittent et ses effets métaboliques.
Quels sont les bienfaits réels du jeûne sur la santé ?
Les données les plus solides portent sur la composition corporelle et les marqueurs métaboliques. Une méta-analyse d’essais contrôlés randomisés publiée en 2026 confirme des effets favorables du jeûne intermittent sur le poids, la masse grasse et plusieurs marqueurs cardiométaboliques chez des adultes en bonne santé ou en surpoids (Xing et al., 2026). Chez les personnes en prédiabète ou diabétiques de type 2, une revue systématique montre que la restriction alimentaire dans le temps (time-restricted eating) améliore plusieurs marqueurs du métabolisme du glucose et de la régulation de l’insuline (Viple et al., 2026).
Le jeûne ne se résume donc pas à perdre du poids : il participe à la régulation de nombreux processus métaboliques, soutient la fonction digestive en laissant le système au repos, et des travaux chez l’animal suggèrent des effets sur les fonctions cognitives et la longévité. Chez l’humain, ces derniers restent encore à confirmer avec rigueur.
Quelques idées reçues méritent d’être corrigées. Le jeûne ne provoque pas de gastrite : il peut simplement aggraver les symptômes d’une gastrite déjà existante, qu’il convient alors de traiter. Il ne fait pas davantage « manger les muscles » : au contraire, il stimule la sécrétion d’hormone de croissance, et la pratique d’une activité physique pendant le jeûne ne fait pas fondre la masse musculaire chez une personne en bonne santé. Enfin, les malaises ou « coups de pompe » ne surviennent que chez les personnes dont le corps dépend exclusivement des glucides et qui n’ont pas développé de flexibilité métabolique. Signalons aussi que certaines analyses observationnelles préliminaires ont évoqué des risques cardiovasculaires avec des fenêtres alimentaires très courtes, mais ces données comportent des limites méthodologiques importantes et ne remettent pas en cause les effets mesurés dans les essais contrôlés.
Que peut-on boire pendant le jeûne sans le rompre ?
La règle est simple : une boisson ne rompt pas le jeûne si elle n’apporte aucune calorie (ou moins de 2 g de sucres libres, de façon très diluée) et si elle ne stimule ni la glycémie, ni l’insuline, ni les facteurs de croissance (comme l’IGF-1) ni la voie mTOR, ce capteur nutritionnel sensible aux protéines.
- L’eau, plate ou gazeuse : la base de toute bonne hydratation pendant le jeûne.
- L’eau au citron : le jus d’un demi-citron dilué dans un litre d’eau apporte moins de 2 g de sucres libres — c’est l’unique exception de « saveur » tolérée.
- L’eau au vinaigre de cidre : elle peut aider à maintenir l’acidité normale de l’estomac.
- Les infusions de plantes (romarin, verveine, citronnelle, hibiscus…) : sans sucre, elles n’apportent rien.
- Le thé, sous toutes ses formes, et le café noir (sans sucre ni lait), à consommer avec modération.
- Le maté : comme le thé et le café, c’est une préparation sans calorie qui n’interrompt pas le jeûne.
- Et surtout, de l’eau enrichie en électrolytes (sodium, potassium, magnésium), essentielle pour éviter la fatigue et les maux de tête.
Quelles boissons faut-il éviter pendant le jeûne ?
Toute boisson qui apporte des calories, des sucres, des protéines ou des graisses interrompt le jeûne et doit être évitée.
- Les boissons sucrées, les jus de fruits et de légumes : ils contiennent des sucres libres et des glucides qui font grimper la glycémie et l’insuline.
- Les boissons protéinées et le bouillon d’os : riches en acides aminés, ils stimulent la voie mTOR. Le bouillon d’os est un excellent outil pour rompre le jeûne, mais pas pour le maintenir.
- Les boissons grasses (lait de coco, huile d’olive ajoutée…) : elles apportent des calories.
- Les édulcorants artificiels et les polyols (maltitol, sorbitol…) : les données sur leur effet insulinique sont contradictoires, et les polyols stimulent l’acide urique. Dans le doute, mieux vaut les éviter.
Pourquoi les électrolytes sont-ils importants pendant le jeûne ?
Parce que le jeûne augmente la perte d’eau et de sels minéraux, ce qui peut provoquer une fatigue, des maux de tête et une sensation de « grippe » parfois appelée « keto flu ». Ces symptômes ne sont pas liés au jeûne lui-même, mais à la déshydratation et à la perte d’électrolytes.
Une hydratation suffisante — adaptée à votre poids et à votre activité physique — doit s’accompagner d’un apport de sodium, de potassium et de magnésium. Ces trois minéraux sont essentiels au maintien de l’équilibre hydrique, à la contraction musculaire et au fonctionnement nerveux. Vous pouvez les intégrer directement dans votre eau. Pour en savoir plus, consultez nos articles sur le magnésium, le potassium et les carences du régime cétogène.
Comment bien rompre le jeûne ?
On rompt le jeûne de préférence avec des protéines, des bonnes graisses et/ou des fibres, plutôt qu’avec des sucres ou des féculents. Après un jeûne prolongé (au-delà de 24 à 30 heures), le corps devient très sensible à l’action de l’insuline : si le premier aliment consommé est riche en sucres ou en amidons (pâtes, pain, sucreries), le pic de glucose et d’insuline sera nettement plus élevé.
Privilégiez donc l’une de ces trois options pour amorcer le repas : une bonne portion de légumes (riches en fibres, comme nous l’expliquons dans notre article sur les fibres alimentaires), une bonne quantité de protéines (viande, poisson, œufs, protéine en poudre), ou un mélange de protéines et de bonnes graisses (avocat, guacamole). Un ordre efficace consiste à commencer par les légumes, puis à enchaîner sur une protéine, idéalement grasse.
Le bouillon d’os constitue ici un allié précieux : riche en protéines et en glutamine — un acide aminé clé pour la santé des cellules intestinales —, il prépare le système digestif à recevoir le reste du repas. Une méta-analyse d’essais cliniques confirme d’ailleurs l’intérêt de la glutamine pour l’intégrité de la barrière intestinale chez l’adulte (Abbasi et al., 2024).
Ce qu’il faut retenir
- Pendant le jeûne, seules les boissons sans calorie et sans effet insulinique sont autorisées : eau, café noir, thé, infusions, maté, eau au citron ou au vinaigre de cidre, avec des électrolytes.
- Les jus, les boissons sucrées ou protéinées, le bouillon d’os, les graisses et les édulcorants interrompent le jeûne.
- Une hydratation riche en sodium, potassium et magnésium prévient la fatigue et les maux de tête du « keto flu ».
- On rompt le jeûne avec des fibres, des protéines et de bonnes graisses, jamais avec des sucres ou des féculents.
Que faire concrètement
- Buvez de l’eau régulièrement tout au long de votre jeûne et ajoutez-y un apport d’électrolytes si vous jeûnez plus de 16 heures.
- Remplacez l’envie de grignoter par une infusion, un thé ou un café noir, sans sucre.
- Gardez le bouillon d’os pour la fin du jeûne, juste avant le premier vrai repas.
- Après un jeûne long, commencez par des légumes puis une protéine grasse, plutôt que par des féculents.
- Si vous avez une gastrite, une pathologie digestive ou un traitement en cours, parlez-en à un professionnel de santé avant de jeûner.
Sources
- de Cabo R, Mattson MP (2019). Effects of Intermittent Fasting on Health, Aging, and Disease. New England Journal of Medicine. Lien
- Viple F, Pedersen SS, Andersen TH, et al. (2026). Effects of time-restricted eating on markers of glucose metabolism and regulation in individuals with prediabetes or type 2 diabetes: a systematic review and meta-analysis of randomised controlled trials. Diabetologia. Lien
- Xing K, Liu R, Peng S, Zi X (2026). Age-Specific Analysis of the Effects of Intermittent Fasting on Body Composition and Cardiometabolic Markers in Healthy Adults and Individuals with Overweight or Obesity: A Systematic Review and Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials. Nutrients. Lien
- Abbasi F, Haghighat Lari MM, Khosravi GR (2024). A systematic review and meta-analysis of clinical trials on the effects of glutamine supplementation on gut permeability in adults. Amino Acids. Lien
Avertissement
Cet article a une visée informative et ne remplace en aucun cas un avis médical. Il ne constitue pas une incitation à jeûner ni un conseil pour modifier ou interrompre un traitement. En cas de pathologie, de grossesse, d’allaitement, de diabète traité ou de tout doute, consultez un professionnel de santé. En cas d’urgence, contactez le 15 (SAMU) ou le 112.

Laisser un commentaire